Rendez-vous ancestral : chapitre premier.

Publié le par GénéaBlog86

Rendez-vous ancestraux avec Félix AUGIER (1637-1693) (sosa 16086).

Chapitre 1 :

J'adore sortir de l'oubli des histoires locales ayant complètement disparues des mémoires des vivants. C'est pourquoi je visite régulièrement les vestiges de bâtiments disparus, afin de renseigner leurs propriétaires actuels, sur des faits qui leurs sont parfois méconnus. C'est au cours d'une de ces explorations que j'ai fait une étonnante rencontre.

Cette histoire se passe quelque jours avant le printemps 2019. Un personnel municipal de la commune de Brigueil-le-Chantre n'est pas en mesure de me confirmer l'existence et l'emplacement de l'ancien château de Flex sur sa commune, alors qu'il y travaille depuis près de quarante ans. Je me transporte donc chez le propriétaire de la parcelle me paraissant intéressante et susceptible de correspondre à mes recherches, selon le cadastre napoléonien. Après une brève rencontre, le propriétaire et agriculteur très intéressé par mes recherches, m'autorise à aller faire mes mesures et relevés.

Arrivé sur les lieux, je repère assez facilement l'emplacement de la motte castrale surélevée et recouverte de végétation. Il s'agit d'un ancien château fort du XVe siècle, transformé en château de plaisance au XVIIe siècle. La construction est placée sur un monticule carré de 40 mètres de côté. Elle était formée de quatre tours rondes aux angles et de douves profondes tout autour. Celles-ci ne semblent pas avoir vu d'eau, depuis plus d'un siècle, car en partie comblées et en l'absence d'entretien de la source qui les approvisionnait. L'accès se faisait par un pont levis à l'Est, via un chemin qui faisait le tour de l'édifice par le Sud et l'Ouest. Il subsiste encore une muraille à l'Ouest, partiellement démolie, le site ayant probablement été exploité par un carrier au XIXe siècle. Du même côté, il reste deux tours d'angles dont une est presque arasée.

Alors que je me trouve au pied de la plus haute tour, afin de mesurer sa circonférence depuis les douves, je glisse sur la terre argileuse. Je suis surpris par la subite montée des eaux, déjà arrivées à mi mollet. Terrorisé par ce qui est en train de se passer, je regarde rapidement autour de moi. Je m'aperçois que les douves sont bien pleines et que le château est à présent visible dans toute sa splendeur d'antan. Je m'accroche comme je peux du bout des doigts aux pierres de la tour, tout en cherchant un appui avec mes chaussures humides et glissantes sur les autres pierres de l'embase évasée. J’appelle plusieurs fois à l'aide ! Un homme casqué m'observe du haut des murailles et hurle en ma direction : « Qui va là manant ? », tout en me mettant en joue avec son arquebuse. Apeuré, je tombe dans les douves, dans un plongeon fracassant. Je suis repêché quelques instant après, par deux gardes qui me lancent une corde et m'extirpent violemment sur la berge. Maintenu au sol par les deux gaillards, je suis trempé et partiellement recouvert de vase. Un homme semblant être le chef de mes deux secouristes brutaux, s'adresse à moi :

- Je suis le sieur de Malgouste, lieutenant du château du marquis de la Caze, celui-ci seigneur de Flex, Mareuil, Bourg-Archambault et autres lieux. Qui es-tu maraud ? Et que faisais-tu sur les remparts de ces lieux ? Cherchais-tu à entrer en cette demeure pour y commettre quelques méfaits ?

Le jeune homme dont l'habit ne laisse pas de doute sur sa fonction, paraît âgé de vingt-cinq ans tout au plus. Je l’interpelle à mon tour, ayant compris que je venais de faire un saut dans le passé et que je me trouvais face à mon ancêtre, ne connaissant qu'un unique sieur de Malgouste.

- Je ne suis que votre petit-fillot messire et je ne veux en aucun point voler le marquis.

- Que racontes-tu vilain ? Je n'ai point d'enfant et mon épouse est morte en couche.

- Je sais que vous vous nommez Félix AUGIER et je vous connais.

- Tu dois confondre avec les cousins de mon père qui portent les mêmes noms que moi et ont eu la chance d'accéder à de hautes charges.

Il ordonne à ses gardes : « Jetez le au cachot et j'en informerai monsieur le marquis, dès son retour. Seul le marquis a le droit de justice sur ses terres. Il saura quoi faire de son devenir. »

Sans ménagement, je suis jeté dans les geôles sales, froides et humides du château, située dans le bas d'une des tours. Quand je pense qu'initialement, mon but était de rechercher l'emplacement de la prison de cet édifice. En effet en 1598, les supposés sorciers locaux y avaient été enfermés avant d'être auditionnés et exécutés. Le bon côté des choses c'est que j'ai réussit à découvrir ce que je cherchais et que j'ai croisé mon ancêtre. Le mauvais c'est que je ne souhaite pas être jugé par la justice du marquis, qui si elle est aussi expéditive que celle de ses prédécesseurs, ne présage rien de bon pour moi.

Au passage d'un de mes gardiens, je sollicite la possibilité de pouvoir m'entretenir avec le sieur de Malgouste. On me répond par la négative. Connaissant le passé de mon ancêtre et surtout son futur et ses valeurs orientées vers l'argent, j'argumente que j'ai des choses importantes à lui révéler sur son remarquable avenir. Je sais qu'il ne faut pas que j'en dise de trop, sinon je risque de changer le passé et donc ma simple existence. Avisé par son subalterne et curieux de savoir ce que j'ai à lui dire, il se présente à moi.

- Que veux tu me dire ?

- Je suis votre petit-fillot.

- Arrête avec ça !

- Je peux vous expliquer comment vous enrichir pour acquérir une charge enviable, tout comme vos cousins.

- Es-tu sorcier ou vagabond pour prédire l'avenir ?

- Non, ni l'un ni l'autre, mais si vous me libérez, je vous dirai comment faire.

- Espèce de fou, explique moi ton présage et je verrais.

- Je sais que vous êtes le dernier d'une famille de six enfants. Votre père fut marchand et est actuellement l'hoste de l'auberge des Trois Rois. Vos trois frères ont reçu des terres et sont : mesureur de sel, notaire royal et huissier archer de la maréchaussée, tous trois à Montmorillon. Vos deux sœurs ont fait de beaux mariages. Votre avenir n'est pas à garder les terres d'un marquis, loin du confort de la ville. De plus, vous ne retrouverez jamais d'épouse ici.

- Tu as raison et tu m'intéresses. Explique moi comment faire.

- Je sais que vous envisagez d'acheter des terres près de Moussac, où logent vos cousins. Continuez à le faire, défrichez ces terres et mettez les en cultures. Les récoltes vous apporterons un revenu qui vous permettra d'acheter une charge à la ville.

L'homme sourit, se retourne et laisse tomber la clef de ma cellule au sol derrière les barreaux. En quittant les lieux, il déclare : « Tu sais beaucoup trop de choses l'étranger. Sache que personne ne s'est jamais échappé de cette prison et quoiqu'il advienne je dirai que tu m'a volé cette clef à l'aide de maléfices ».

J'attrape la grosse clef, déverrouille ma porte et remonte en courant l'escalier de pierres en colimaçon. A ma sortie, dans l'encadrement de la porte, j'esquive un carreau d'arbalète tiré depuis la cour. Poussé par une soudaine montée d'adrénaline, je prends mes jambes à mon cou, monte sur le haut de la muraille pour trouvée une issue. Alors que je m'apprête à sauter une nouvelle fois dans l'eau croupie des douves, je ressens une vive douleur dans l'épaule gauche, comme transpercée par quelque chose. Je perds conscience dans ma chute.

A mon réveil, je suis allongé dans les douves sèches. Le château délabré est tel que je l'ai découvert : en ruines. Sous mon épaule gauche, un morceau de branche m'a égratigné lors de ma chute, à la suite de ma glissade sur l'argile.

Il y a parfois des ancêtres antipathiques que l'on ne souhaiterait pas rencontrer.

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Béatrice 20/01/2020 18:35

Quelle imagination ! On se croirait dans "Les Visiteurs" :)) C'est un rendez-vous ancestral très sympa, merci pour ce moment lecture.

GénéaBlog86 20/01/2020 21:56

Je vous remercie pour votre sympathique commentaire.