Recherche et découverte d'une ascendance illégitime cachée.

Publié le par GénéaBlog86

Le confinement en mars a eu son utilité dans cette nouvelle recherche de l'impossible qui s'est présentée à moi. Un généalogiste que j'avais récemment éclairé au sujet de la famille Morillon, m'a recontacté via la messagerie de Généanet, à propos d'un couple de sa généalogie pour lequel il bloquait sur l'ascendance de l'épouse.

Il m'expose en effet que Charlotte de Badevilain, épouse de Pierre Menant le 01/10/1681 à Usson, dans l'actuel département de la Vienne, lui présente quelques soucis. Il suppose qu'elle est probablement la fille de Jacques de Neufchèzes, en raison de sa terre de Badevilain et de Charlotte du Breuil-Hélion unis en 1667 et qu'elle porterait par conséquent le prénom de sa mère. Sauf qu'il conçoit immédiatement que cette même Charlotte de Badevilain précédemment mariée en premières noces à Jehan Desvants en 1673, même si elle pouvait être âgée de 16 ans à ce premier mariage, serait née en 1657, soit 10 ans avant le mariage de ses supposés parents. Rien d'impossible, mais peu probable.

Armoiries de Jacques de Neufchèzes : de sable à 9 chaises d'or, posées 3, 3 et 3 – illustration sur francegenweb.org

 

 

Je me replonge donc dans cette généalogie des de Neufchèze, survolée pour la dernière fois en 2011, après avoir fait la rencontre du dernier du nom, encore présent dans sa propriété familiale, de la demeure de Bagné à Usson-du-Poitou. [Je m'y était rendu pensant à une erreur de rédaction dans un acte paroissial. J'y cherchais alors l'emplacement du moulin, où l'un de mes ancêtres avait exercé le métier de meunier. Finalement je l'avais découvert en un tout autre lieu nommé Magné, hameau situé sur la rivière du Clain, en la commune de Château-Garnier.] Je m'aperçois rapidement qu'une bonne mise à jour est nécessaire dans cette famille de Neufchèze, car je n'avais fait que la survoler. Je procède donc à de nouvelles recherches et corrections.

Au fil des échanges, le généalogiste m'indique plusieurs éléments en faveur de son hypothèse. Notamment, qu'au baptême de Françoise Desvans en 1673, premier enfant du couple Desvants – de Badevilain, la marraine était Françoise de Neufchèze, sœur de Jacques de Neufchèze, et donc tante supposée de la mère de la baptisée. Jusque là, j'espère que tout le monde arrive à suivre et que je n'ai perdu personne dans cet exposé, plus explicite à l'aide d'illustrations.

Arbre de descendance de Charlotte de Badevilain.

Je me dis qu'en raison de l'âge supposé de Jacques, lors de son union en 1667, soit environ 60 ans (âge approximatif estimé selon son inhumation en 1672), cela ne devait pas être son premier mariage. De plus, je suppose que porter le nom de Badevilain n'est pas forcément le gage d'une filiation en rapport avec cette grande famille, qui a gardé pendant plusieurs siècles le nom de ses terres et ruisseau, du même nom. Ce ruisseau est maintenant appelé des Pluches et traverse le nord du bourg d'Usson, avant de se jeter dans la Clouère à hauteur du hameau de l'Epine. En effet, nombreux sont ceux qui portent le nom du lieu d'origine de leurs ancêtres, sans pour autant qu'ils aient été seigneurs ou propriétaires des lieux. Sauf que dans le cas présent, aucune base ne recense ce patronyme pour une autre personne que cette Charlotte de Badevilain. Nous parlons bien d'un patronyme et pas d'une appellation comme Jacques de Neufchèze pouvait se faire appeler par ses connaissances « Monsieur de Badevilain », plutôt que de Neufchèze. Elle aurait pu être alors appelée Demoiselle ou Dame de Badevilain, mais aucun des actes suivants ne le mentionne en ce sens.

Je prends donc connaissance des actes la concernant : ses mariages et contrats en 1673, 1681 et 1682 qui ne mentionnent jamais son âge ou une quelconque filiation ou même un familier ; les baptêmes de ses enfants en 1673, 1676, 1682, 1688 et 1691 ; ainsi que son décès en 1699 sans indication d'âge et celui de son second époux en 1710, qui ne donnent absolument rien de concret ! Pas une piste pour le moment, que cela soit sur les témoins ou les parrains et marraines ! De plus, elle se marie avec un sergetier, puis à un meunier sans biens, suivant le contrat de mariage où il est indiqué « na aucune choze » et son complément indiquant l'inventaire des modestes biens amenés par l'épouse et pouvant être issus de sa précédente union (Contrat de mariage du 10/08/1681 de Me Pierre Gay et contrat complémentaire du 10/01/1682 – AD86, 4E 17/63).

Je repars donc sur l'hypothèse qu'elle serait issue d'une précédente union ou d'une relation illégitime probable avec une servante comme cela arrivait parfois et comme il m'est déjà arrivé de le rencontrer. Le supposé père étant décédé en 1672 et la dite Charlotte mariée dès l'année suivante, je suppose que le testament ou l'acte de succession pourrait nous apporter des éléments intéressants. Malheureusement je n'ai pas ces données dans l'immédiat qui mériteraient d'être recherchées.

Je demande des renseignements sur cette tante Françoise de Neufchèze à mon interlocuteur. Il l'a découverte épouse de François Leblanc le 14/11/1650 en la paroisse de Saint-Porchaire à Poitiers. Il n'a toujours aucune trace de la naissance de cette tant recherchée Charlotte. Il me communique ces éléments ainsi que sa découverte sur Généanet de trois précédentes relations du fameux Jacques, avant son mariage de 1667.

Je procède donc à l'étude de ces nouvelles données préférant tout vérifier pour ne pas partir sur une mauvaise piste. Je confirme alors : un premier enfant François issu de la relation avec Jeanne Compin en 1637, cette femme proche du seigneur de Vareilles (Sommières) du même patronyme qu'elle ; un second fils François en 1650 avec une certaine Catherine Gouault, enfant indiqué « naturel » donc conçu hors mariage ; un troisième enfant Françoise en 1659 fille de Marthe Guyot ; et le quatrième que j'avais déjà, Pierre fils de Charlotte-Catherine du Breuil-Hélion qui deviendra le successeur de son père, en qualité de seigneur de Badevilain.

Le généalogiste part sur l'hypothèse que Charlotte de Badevilain serait la fille de Marthe Guyot, qui aurait eu alors Françoise pour sœur et qui aurait donc été la marraine de son premier enfant. Cette marraine aurait eu à peine quatorze ans, c'est possible mais assez rare. Cela sera tout de même confirmé par les signatures. Pour ma part, je suppose plutôt que sa mère serait Catherine Gouault et pour cause, ce patronyme ne m'est pas étranger, car un certain Jean Gouaut est présent aux deux mariages de Charlotte de Badevilain. Un possible cousin ou un oncle, aucune mention ne le précise ? Mais il est fort probable qu'il s'agisse d'un cousin, marié en 1673 à Jeanne Rousseau, tous deux serviteurs domestiques de René Sapien procureur du Roy à Usson. De plus, à cette union est découvert dans les témoins le nommé Jehan Desvants, premier époux de la dite Charlotte.

Mon exploration systématique de tous les actes de baptêmes entre la naissance en 1650 de François l'enfant naturel et 1657 ne m'apporte aucun nouvel élément. Je consulte les registres en sens inverse et découvre enfin le baptême de Charlotte le 14/04/1648, fille de Catherine Gouault, confirmant mon hypothèse, et d'un père non dénommé. Elle pouvait aussi se trouver plus simplement dans la base du Cercle Généalogique Poitevin, sous l'identité de Gouau Charlotte. Fallait-il être certain qu'elle n'avait pas été reconnue par son père ou enregistrée sous un autre nom. Le couple de Neufchèze – Gouault n'étant pas marié en 1650, il l'était encore moins en 1648 et donc cette relation d'autant plus cachée. Le fait que Charlotte ait pris par la suite le nom de Badevilain n'est pas sans laisser penser à une certaine reconnaissance du père.

Cette entraide et les recherches réalisés par deux chercheurs, avec des visions parfois différentes, ont permis de découvrir et de débloquer cette ascendance qui n'avait rien de simple et pouvait paraître impossible à résoudre. C'est chose faite maintenant. Charlotte a retrouvé une ascendance avérée, avec notamment René de Neufchèzes, un trisaïeul gouverneur du château de Montmorillon en 1535, à l'origine des seigneurs de la Brulonnière à Persac. C'est aussi l'occasion de déterminer l'âge qu'elle avait lors de ses mariages et à son décès : 24, 33 et 51 ans.

Arbre de descendance de Jacques de Neuchèze.

 

Ascendance de Charlotte de Badevilain

1 de BADEVILLAIN Charlotte b. 14/04/1648 Usson-du-Poitou (86) + 02/10/1699 Usson-du-Poitou (86)

2 de NEUCHÈZES Jacques ° ca ../../1602 + 26/05/1672 Usson-du-Poitou (86) Escuier, Chevalier, seigneur de Badevilain et de la Guéronnière

3 GOUAU (GOUAULT) Catherine b. 20/08/1617 Usson-du-Poitou (86)

4 de NEUFCHÈZES Melchior ° < ../../1580 x 17/10/1605 Melle (79) + < 14/11/1650 Écuyer, Seigneur de Badevilain

5 MARCHAND Catherine x 17/10/1605 Melle (79) + > 14/11/1650

6 GOUAULT Pierre x < ../../1617

7 DAVID Jacquette x < ../../1617

8 de NEUFCHÈZES Jean < ../../1575 Seigneur de la Brulonière de la Brosse et de Persac, Chevalier de l'ordre du Roi et gentilhomme ordinaire de sa chambre

9 de PARTENAI Jeanne x < ../../1575

10 MARCHAND Félix Escuier, Sieur du Pui-Bourassier

11 de JUIF Jeanne

16 de NEUFCHÈZES René Seigneur de la Batresse et de la Brulonnière, Gouverneur du château de Montmorillon en 1535

17 de GREULE Françoise x < ../../1540

Cet article a été publié dans le magazine Hérage, du Cercle Généalogique Poitevin, n° 149 du 2e trimestre 2020.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article