Rendez-vous ancestral : chapitre second.

Publié le par GénéaBlog86

Rendez-vous ancestraux avec Félix AUGIER (1637-1693) (sosa 16086).

Chapitre 2 :

Mon ancêtre Félix AUGIER à la 14e génération est dit « Sieur de Malgou(s)te en sa seigneurie ». Cette seigneurie ou lieu ne sont pourtant indiqués nulle part ailleurs que dans les écrits et procès le concernant. Je me suis donc rapproché des archives départementales de la Vienne, afin de rechercher des éléments sur ce lieu.

Il n'existe aucun élément notamment dans la liste des aveux obligatoires faits par les seigneurs sur leurs possessions. Je m'interroge alors sur le fait que cette seigneurie pouvait se trouver dans des terres éloignées des limites administratives actuelles de l'arrondissement de Montmorillon et même du département de la Vienne. Je consulte donc les anciens dictionnaires de lieux des départements limitrophes de l'Indre et de la Haute-Vienne. Ma vaine recherche m'amène à feuilleter le dictionnaire étymologique des noms de lieux en France (seconde édition, de Ch. Rostaing). J'y apprends que « gouts » signifie « landes ». « Malgouste » pourrait bien alors signifier « mauvaises landes ».

Ma consultation des cartes et du cadastre ancien, notamment du côté de l'ancienne paroisse de Moussac à Montmorillon, où l'intéressé était propriétaire de terres, et plus particulièrement sur la commune limitrophe de Bourg-Archambault, me fait découvrir un lieu au nom très proche, en plein milieu des anciennes landes. Il se nomme « Malgache ». S'agirait-il d'une évolution du nom « Malgouste » au fil du temps ? A proximité, plusieurs lieux et parcelles portent les noms de « Landes » et « Brandes » ce qui signifie que les terres sont particulièrement incultes et pauvres. Le cadastre de 1840 indique l'absence de construction, dans ce secteur, ainsi que l'unique appellation de « Bruyères de Flamagne », au sud de « la Pierre Soupèze ». Des bâtiments et habitations sont présents sur ce même site qui a pris selon le recensement de 1881 les noms de « Pierre Brune » et « Bonne-Etable » ou « Bonnetable », respectivement composés chacun d'un foyer de 8 et 7 résidents. Ce dernier foyer n'existe plus de nos jours.

Au cours de l'été 2019, je me décide à aller rendre une visite aux habitants du hameau de « Pierre Brune », afin de recueillir de possibles éléments sur l'histoire des lieux. Alors que je remonte la très longue allée en direction de cette ferme, à bord de ma petite citadine au toit ouvrant, je ressens l'intensité du soleil sur ma tête. Je lève les yeux et m'aperçois surpris qu'il n'y a pas de toit à mon véhicule. Mon regard revient sur la route et mon véhicule a lui aussi complètement disparu. Je me retouve debout au milieu d'un champ. J'ai une grande gaule à la main droite et une corde de passée au poignet gauche. Celle-ci me tire précipitamment en avant et je chute au sol. Je suis en fait passé du volant de ma voiture, aux bras d'une charrue à deux bœufs. Un paysan accourt et arrête les animaux effrayés par mes cris de douleur et qui me traînent dans le labour.

- Qu'est ce tu fais tout écarcaillé¹ ? Ca va t'y ?

- Oui, oui, lui répondis-je, en me relevant.

- Viens par là, ma femme va laver tes écourettes².

Il m'amène à l'ombre des châtaigniers, où trois femmes font des travaux de couture. L'une d'elle me donne une grande rinçade d'un vin clair immonde, pendant qu'une autre rince mes plaies avec de l'eau et un linge de lin.

Un cavalier arrive à vive allure. Le paysan m'ayant porté assistance repart en courant, en hurlant, comme effrayé, en direction de mon attelage abandonné, pour reprendre mon labeur. Il est accompagné de deux autres hommes, alertés par ses cris. Ces derniers faisaient une sieste à l'ombre et je n'avais même pas remarqué leur présence.

Le cavalier richement vêtu arrête sa monture à mi-chemin entre mon emplacement et la charrue à un soc et s'adresse aux paysans d'une façon impérieuse, du haut de sa monture :

- Bande de coquins, je vous surprends. Je ne vous paye pas à faire la sieste. Croyez-vous que c'est de cette manière que je nourrirais mes cinq enfants ? Que dira madame de la Bonnelière, mon épouse ? J'ai déjà eu assez à faire en justice avec son oncle le sieur de Biard, mon voisin. S'il le faut, je nommerai un fermier qui vous battra à grands coups de verges, pour vous faire avancer, tels des bœufs que vous êtes.

La voix et le ton employé me font bizarrement penser à quelqu'un déjà croisé. Remarquant mon inaction, il me dit :

- Eh toi ! Vermine ! Que fais-tu assis à l'ombre ? Attends-tu que le soleil se couche pour travailler ?

- Non, je viens de me blesser.

Il saute de sa cavale énervé et ajoute :

- Comment parles-tu à ton maître ? Je suis le sieur de Malgouste et sache que lorsque l'on s'adresse à moi, on m'appelle monsieur de Malgouste. Presse-toi ! Cherches-tu que je te remette moi-même au travail ? Dit-il en brandissant sa cravache en ma direction.

- Non, monsieur de Malgouste, lui dis-je, comprenant que j'avais encore eu la malchance de retomber sur mon terrible ancêtre. A vouloir ou non rechercher des éléments sur cet individu, je me retrouve une nouvelle fois en facheuse posture, face à lui.

Alors que je me relève rapidement, il m’interpelle :

- Je n'ai pas le souvenir de t'avoir employé. Qui es-tu ?

- Je suis journalier et je remplace un laboureur qui est malade, lui dis-je pour ne pas me faire battre.

- Si maintenant les journaliers se mettent à employer d'autres journaliers pour les remplacer. Je ne te donnerai point de denier, pour ta journée de travail. Il m'observe avec insistance et déclare : « Tu me fais pourtant penser à un curieux prédicateur qui m'avait dit d'acheter ces terres, il y a plusieurs années. Quelle farce m'avait-il fait, car elles sont infertiles et justes bonnes à servir de prairie. J'avais bien fait de le châtier sévèrement. On n'avait d'ailleurs jamais retrouvé son corps », ajoute-il, en s'approchant face à moi avec un léger rictus. M'a-t-il reconnu ? Je ressents le souffle glaçant de la peur sur ma nuque. Il pose sa main droite sur mon épaule gauche, tout en appuyant fortement son index à l'emplacement de ma « blessure temporelle ». Une vive douleur s'empare de moi et mon environnement devient trouble...

J'entends frapper et je reprends connaissance. Je suis assis dans mon véhicule stationné devant une habitation, moteur tournant. J'entends frapper une nouvelle fois à ma gauche. Une femme à l'extérieur frappe au carreau de ma portière et me demande si tout va bien. Je lui réponds par l'affirmative, quelque peu grogui par ce nouveau traumatisant voyage dans le temps. Je descends lui expliquer le motif de ma venue.

¹ écarcaillé : tombé étendant bras et jambes (Vocabulaire poitevin, 1808-1825, Lubin Mauduyt).

² écourettes : égratignures (Vocabulaire poitevin, 1808-1825, Lubin Mauduyt).

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Béatrice 16/02/2020 15:18

Pas très avenant cet ancêtre ! Mais cela donne lieu à de beaux rendez-vous très intéressants. Merci pour cette pause lecture.

GénéaBlog86 16/02/2020 22:22

C'est toujours un plaisir.

Sébastien Marques Ordinaires 15/02/2020 08:57

Encore un #RDVAncestral qui aurait pu mal finir ! Heureusement que le retour à l'époque actuelle est arrivée à temps !
Bravo pour ce récit !

GénéaBlog86 16/02/2020 22:20

Merci beaucoup Sébastien.