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Il m'est déjà arrivé par deux fois de vous parler de la famille DUTROU-BORNIER, dans les pages de ce blog, notamment concernant les bans d'un mariage à Montmorillon en 1806, alors que le père de la prétendante refusait de donner son consentement à cette union.

Dans le présent article, je vais vous narrer l'incroyable histoire du petit-neveu de la précédente. DUTROU-BORNIER Jean-Baptiste Onésime naquit le 19/11/1934 à Montmorillon, fils de DUTROU-BORNIER René Pierre (1810-1854), clerc de notaire puis notaire (1810-1854) et de CREPINET Marie Antoinette Charlotte (1810-1903).

D'un naturel aventurier et attiré par la mer, à 14 ans, il obtient une place de pilotin dans une maison de négoce maritime au Havre. Pendant son apprentissage, il montre sa bravoure en sauvant deux marins qui se noyaient dans le canal de bristol. Il est canonnier dans la marine impériale lors du siège de Sébastopol en 1854 et 1855. Il navigue jusqu'en 1860, pour concourir avec l'ancienneté nécessaire à l'examen de capitaine au long cours au Havre. Il le passa le 10/07/1860, à l'âge de 26 ans, avec une ancienneté de 67 mois et 9 jours à la mer, après avoir traversé plusieurs fois l'océan Atlantique, sur des trois-mâts.

Il s'unit le 10/05/1862 à Paris à FOULON Marie Valentine professeur de piano. Leur fils Georges Augustin (1863-1889) voit le jour l'année suivante.

En 1865, il a l'occasion de devenir copropriétaire d'un trois-mâts de 213 tonneaux, le Tampico. Le propriétaire et capitaine du navire fit valoir à DUTROU-BORNIER la possibilité exceptionnelle d'un voyage dans les mers du sud, avec une cargaison à délivrer de Bordeaux à Tahiti. Il emprunta la somme de 30 000 francs nécessaire à l'achat de sa part du trois-mâts, puis prit la route de Bordeaux pour y charger la cargaison et le courrier à destination du Pérou et de Tahiti. ce voyage devait lui permettre de rembourser rapidement une partie de ses dettes. Il quitte la France, son épouse et son jeune fils ainsi que sa mère pour plusieurs mois, avec l'espoir de gagner bientôt plus largement sa vie que comme capitaine salarié.

Ce périple lui fit affronter les parages du Cap Horn. Au large du Chili, l'ancien propriétaire et capitaine, embarqué comme second, décida de quitter le navire, que DUTROU-BORNIER dirigea au plus vite vers le port de Callao au Pérou, afin de livrer une partie de sa cargaison et toucher la prime de rapidité. A sa grande surprise, le Tampico fut saisi à son arrivée et lui-même emprisonné par méprise dans les geôles, en avril 1866. Il ignorait les antécédents de l'ancien capitaine du navire qui l'avait quitté à la hâte, pendant la traversée. En effet, celui-ci avait ravitaillé avec le Tampico les troupes espagnoles alors en guerre avec les péruviens. Avec le soutient d'un diplomate français, il est libéré et reprend la direction de Tahiti.

Il découvre l'île de Pâques, lors de ses transports de courriers et de missionnaires. Il s'y établit comme colon en 1867. Alors qu'il n'est pas divorcé de son épouse, il séduit AKURENGA Pua "Koreto" Moo Atare, une princesse pascuanne de l'île. Ils ont trois filles. Il devient en quelque sorte le "roi" de cette île de 166 km², notamment par l'achat d'une grande partie des terres. Il emploie les indigènes locaux peux couteux, dans sa grande exploitation agricole d'élevage de moutons. Il s'opposa aux missionnaires et provoqua leur départ. Ils lui reprochaient ses mauvais traitements envers la population locale, qui de plus était touchée par les maladies européennes. La loi de la France s'étant imposée, cette terre aurait pu devenir française, mais la guerre franco-allemande de 1870-1871 et le conflit de la Commune, occupent Napoléon III.

Il meurt le 06 août 1876, sur l'île à Rapanui, vraisemblablement d'une chute malencontreuse de cheval, qui mit fin à son ambition de faire de l'île de Pâques le jardin potager et la ferme de Tahiti. Il décéda à 42 ans, sans avoir revu les rivages de France, où l'attendaient une épouse et un enfant.

De nombreux ouvrages plus ou moins romancés ont été écrits sur le destin peu commun de cet homme, avec parfois des lacunes importantes et de grossières erreurs. Je vous conseille prioritairement l'ouvrage "DUTROU-BORNIER Jean-Baptiste Onésime, le capitaine français de l'île de Pâques", collection mémoire du Pacifique, de Jacques et Corinne RAYBAUD, dont je tire ici quelques extraits. Ils sont les rares historiens à avoir réalisé un vrai travail de recherches, basé sur des écrits historiques concrets et une enquête minutieuse.

Un natif de Montmorillon "roi" de l'île de Pâques.
Tag(s) : #Histoires locales